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Lourde abstention et forte poussée de la gauche : tels sont les deux principaux enseignements que l’on peut tirer du résultat du second tour des dernières élections municipales et cantonales des 9 et 16 mars 2008.

Dans les communes de plus de 3 500 habitants, la gauche recueille 49,34% et la droite 47,55% aux élections municipales (respectivement 51,28% contre 44,52% aux élections cantonales)

Les alliances du PS avec le Modem, prônées notamment par Ségolène Royal ou Manuel Valls, ont plutôt échoué (Jean- Noël Guérini à Marseille) alors que le Modem allié à l’UMP a plutôt réussi (Alain Juppé à Bordeaux).

Mais la défaite sévère de l'UMP au plan national et le fort taux d'abstentions dans les quartiers populaires des grandes villes comme Lyon, Marseille, Toulouse, etc. montrent à l’évidence que de nombreux citoyens continuent de ne pas trouver leur bonheur dans l’offre politique actuelle. Ainsi, Martine Aubry est élue à Lille avec 66,56 % des suffrages exprimés mais on dénombre 57,35 % d’abstentions, bulletins blancs et nuls sur les 124 106 électeurs inscrits...


 


La faible participation à ces deux scrutins est soulignée par tous les observateurs. Pour les élections municipales, dans les communes de plus de 3500 habitants, le taux de participation en métropole s’élève à 61,66 % contre 62,18 % en 2001. Pour les élections cantonales : le taux de participation pour la métropole s’élève à 55,29 % contre 56,13% en 2001 pour la même série de cantons renouvelables. En moyenne, 41,53% d’abstentions pour les deux élections cumulées.

Le premier tour, le 9 mars, s'était déjà distingué par un taux d'abstention record sous la 5ème République et en 2001 le second tour s'était soldé lui aussi par un taux d'abstention historique.

Devant l'ampleur de ce malaise politique, la question posée est donc claire : quelle programmatique pour la gauche en général et le PS en particulier ? Quel avenir ? Quel projet social ?

S’agissant d’élections locales, il est une réforme en particulier comme celle de la fiscalité locale qui devrait être, plus que jamais, entreprise par les pouvoirs publics.

Car beaucoup de collectivités territoriales, afin de faire face au désengagement financier de l’Etat, vont être tentées par une augmentation des «impôts locaux». De nombreux maires, présidents de conseils généraux ou régionaux font appel aussi à la fiscalité locale lorsqu’ils veulent développer tel ou tel aspect de leur politique économique ou sociale.

Ces impôts représentent une part de plus en plus importante du total des impôts payés par les Français : 12 milliards € pour la taxe d’habitation (particuliers), 15 milliards € pour la taxe foncière (particuliers et entreprises).

Ils sont particulièrement injustes puisqu’ils ne sont pas payés en fonction des revenus des contribuables et frappent donc de la même façon les personnes aisées comme les plus modestes, même si quelques exonérations ou dégrèvements sont parfois possibles. Ils n’ont jamais été intégrés à l’impôt sur le revenu par aucun gouvernement de droite comme de gauche…

De plus, leurs bases, complètement archaïques, datent de 1961 (taxe foncière) et de 1970 (taxe d’habitation) et Il n’est pas rare aujourd’hui, pour la plupart des salariés, de «sortir» un mois de salaire pour payer la taxe d’habitation et la taxe foncière !

Dominique Strauss-kahn, ancien ministre des finances sous le gouvernement Jospin, avait bien annoncé lors de sa nomination, une réforme globale de ces impôts et leur intégration dans l’impôt progressif républicain mais il y renonça finalement au motif qu'il serait trop long de modifier les bases de calcul trop anciennes

Son successeur, Laurent Fabius oublia, lui aussi, très vite ce projet et alla même à contresens en baissant l'impôt sur le revenu pour toutes les tranches mais toujours à l'avantage des tranches les plus élevées du barème...

Le PS reste toujours d’une grande timidité intellectuelle lorsqu’il s’agit de formuler des propositions claires de réforme fiscale au profit des salariés et des retraités. Proposera-t-il enfin, lors de son prochain congrès de novembre 2008, d’intégrer ces «impôts locaux» dans l’IRPP afin de les rendre plus justes et les redistribuer ensuite, selon des clés de répartition précises, à l’ensemble des collectivités locales, communes, inter-communalité, départements et régions ? Finalisera t-il un calendrier précis de mise en œuvre de cette réforme s’il accède à nouveau au pouvoir en 2012 ?

A défaut d’une réforme fiscale d’ampleur, aucune réduction sérieuse des inégalités, aucune augmentation du pouvoir d’achat des salariés et des retraités, aucun financement pérenne de projets sociaux significatifs ne pourront être entrepris par un gouvernement de gauche.

Cette réforme est d’autant plus indispensable à entreprendre que les recettes du budget de l’Etat sont déjà constituées à 83% par les impôts indirects et que le recours à la fiscalité indirecte constitue pour Nicolas Sarkozy et sa majorité présidentielle UMP-Nouveau Centre la principale solution pour régler les problèmes budgétaires. Il va falloir en effet compenser les effets du « paquet fiscal » dont l’essentiel des 15 milliards d’euros a bénéficié aux personnes les plus aisées ainsi que le manque à gagner dû à une croissance plutôt en berne et qui a été largement surévaluée par le gouvernement de François Fillon.

Outre le déficit du budget de l'état, c'est également cette technique de l’augmentation de la fiscalité indirecte qui est utilisée depuis le 1er janvier 2008, avec trois nouvelles franchises médicales, pour renflouer le budget de la branche maladie du Régime général de la Sécurité sociale. C’est enfin celle qui risque d’être utilisée pour compenser la fin des recettes publicitaires sur les chaînes publiques.

Comme la fiscalité locale, nous pourrions citer bien sûr d’autres exemples de réformes indispensables que la droite, pour des raisons idéologiques, ne fera jamais et que la gauche ne propose pas ou ne fait pas lorsqu’elle est au pouvoir.

Mais sur le constat général de la gauche, nous publions aujourd’hui l’excellente analyse faite par notre ami Evariste dans le numéro 581 de Respublica : http://www.gaucherepublicaine.org/accueil.htm



On trouvera certainement très noir ce constat fait au lendemain des résultats de dimanche. On lui opposera les scores, les pourcentages, le nombre d'élus de gauche. En somme, on opposera « la remontée de la gauche ». Certes... mais osons la question : quelle gauche ?

Car si l'on entend par gauche l'acteur d'une programmatique de progrès, le promoteur d'une capacité de création, la matrice d'un projet social fort, alors on sera bien déçu. Car c'est davantage la dérive droitière qui a été à l'honneur ; dérive dont Ségolène Royal a encore été le pitoyable emblème (le mot est pesé ! ) en appelant de ces vœux l'alliance avec le Modem. Certes, la direction du PS a rapidement rectifié le tir en rappelant la donzelle à l'ordre, mais le réflexe tient lieu de révélateur du comportement pathologique des dirigeants du parti socialiste. Ouvrons les yeux, enlevons ces lunettes de soleil que l'on tente de nous imposer pour réfléchir sur le score, pour dépasser le sempiternel message médiatique « la gauche remonte ! ». Regardons la programmatique et constatons le « rien ». Hormis l'opposition à la politique de Sarkozy, quelle alternative ? Quel fond ? Quel programme pour une autre société ? Alors le triste constat nous réveille et rend la « victoire » amère : la remontée de la gauche n'est pas signe d'alternative sociale, mais bien d'alternance. Dure réalité que voila... mais réalité véridique.

La gauche est à la dérive et cette dérive n'est pas que programmatique. Elle est dans la manière d'aborder la politique et de se positionner en tant qu'élus de gauche. Pourquoi ne pas laisser à la droite les postes majeurs : présidence de la République et majorité à l'assemblée nationale, et ne briguer sérieusement que les postes aux élections locales ? Celles-ci offrent davantage de postes, davantage de revenus et de situations bien plus tranquilles à l'écart des projecteurs des médias nationaux. Pourquoi les partis de gauche se risqueraient-ils à la direction du pays ? Pourquoi prendraient-ils le risque d'assumer la descente vers le libéralisme alors qu'ils peuvent préserver leurs élus en les tenant à l'écart de telles responsabilités ? À la droite le sale boulot des réformes libérales, à la gauche le vote contestataire garanti par la posture d'indigné qui siée si bien à François Hollande, ce fossoyeur du socialisme, cet accoucheur du phénomène Ségolène Royal. Car l'enjeu est là : le nombre d'élus. La professionnalisation de la politique est une tare qui coule notre démocratie et notre Pacte Républicain. L'objectif premier d'une personne qui vit depuis 10 ans de son activité politique est de garantir son indemnité. Et qui le lui reprocherait ? Quant on connaît les réalités du monde du travail, avoir passé 10 ans hors de toute activité professionnelle revient à une condamnation au chômage de longue durée. Dès lors plus de programmatique (c'est un risque ! ), plus de projet à long terme (l'élection peut arriver avant ! ), juste de petites touches, histoire de se teinter d'un «air de gauche» (et là encore l'indignation face à la politique libérale est un accessoire indispensable).

Quel avenir pour la gauche ?

Dans une semaine les dirigeants du parti socialiste auront vite oublié leurs propos de campagne pour se concentrer sur ce qui est de loin le plus important pour la France et l'avenir de notre société : qui va diriger le parti à l'issue du congrès de cette fin d'année ? Au cas où le lecteur l'aurait oublié, c'est bien la question la plus importante de l'univers et pour la France (selon la direction du PS bien sûr...). Non seulement ceci confirmera que le PS n'est plus qu'un parti d'élus, mais qu'il ne vise rien d'autre ; d'où la concentration sur les postes aux élections locales, sans risques. Déjà les réunions de sections sont l'occasion de sélectionner qui parlent le mieux, qui s'exprime avec aisance, qui excelle dans l'art de la contorsion verbale qui assure de pouvoir un jour dire le contraire de ce que l'on a déclaré la veille. Pour preuve : Ségolène Royal en « rectifiant » un peu ses désirs d'alliance avec le Modem ! La conclusion du parti socialiste au terme de ces élections ne sera pas la construction de la gauche, mais comment récolter encore davantage d'électeurs : l'alternance, plutôt que l'alternative ; la publicité plutôt que la position qui demande responsabilité et courage.

Au PCF, Buffet a pris les devants, en annonçant une semaine avant que la perte du conseil général de la Seine St-Denis ne serait pas un symbole fort, comme si la rupture de l'alliance entre le PS et le PCF dans 7 communes de Seine St-Denis n'était pas un signe des temps. Car ce n'est pas la droite qui chasse le PCF, mais bien le PS qui veut bouter le PCF hors du 93. N'en déplaise à Marie-Georges Buffet, Le PS vient d'inaugurer la chasse aux élus communistes, c'est dire si l'avenir du parti communiste est sombre.

Sur le plan national, on pourra effectivement relever qu'il se maintient, voire progresse en nombre d'élus, mais on relèvera également que ce fait n'est en rien dû à une quelconque programmatique forte ou à un renouveau de la pensée au sein du PCF. On cherchera en vain un élan de cette sorte au PCF que les courants minent peut être davantage que le PS. Et de fait, le maintien du PCF n'est que le résultat de la politique de Sarkozy et de son désir toujours réaffirmé de faire basculer notre pays dans le mode de vie que lui assigne les libéraux anglo-saxons. Le meilleur élément programmatique du PCF est à l'Élysée, et c'est grave. Car si le PCF se berce de l'illusion de sa remontée, il ne verra pas son avenir politique aux européennes, il ne réalisera pas la rupture historique avec la politique d'union de la gauche dont la Seine St-Denis est aujourd'hui le premier témoignage. Le PS a objectivement choisi de mettre en balance le PCF avec le Modem dans la chasse aux électeurs et cette logique augure les pires nouvelles pour le PCF s'il ne s'ouvre pas à l'avenir au lieu de camper sur les positions qui ont fait sa force au sortant de la seconde guerre mondiale. Rappelons un fait : le score national du PCF n'a cessé de décroître depuis 1950. Aujourd'hui, n'en déplaise aux nostalgiques, l'avenir de l'hypothèse communiste est dans la construction d'une gauche nouvelle, non dans l'ancrage dans un passé dont toutes les conditions d'existences sont aujourd'hui inexistantes. Il y a un temps pour tout, aujourd'hui n'est plus le temps de la préservation mais bien celui de la construction de la gauche nouvelle.

Nous tournons enfin la page des municipales pour découvrir cette page qui sera peut-être l'avenir de la gauche : les congrès de cette fin d'année 2008. Nous aurons la possibilité d'avoir la confirmation de l'ancrage du PS dans le libéralisme, dans la « ligne de la gagne », dans le déni de programme, dans l'esbroufe et la « pub-politique » qui permet au vide de l'emporter momentanément sur le fond. Restera la prise de conscience des acteurs qui, ici et là, dans les partis de gauche et dans les associations veulent tendre à unir la gauche véritable. La fin de l'année 2006 avait mis cette gauche devant l'impasse de ses logiques d'appareils et de personnes. La gauche du non : ce parti qui n'existe pas encore. Après les élections municipales et cantonales, les militants de cette nouvelle gauche auront 6 mois pour œuvrer à faire comprendre aux dirigeants du parti communiste que son avenir solitaire, non collectif, aux élections européennes de 2009 sera bien sombre. Les militants auront 6 mois pour raviver ce que fût l'expérience de mai 2005 tout en rappelant quelles furent les erreurs de ceux qui se sont vu en haut de l'affiche et ont déchanté pitoyablement en 2007. L'avenir de la gauche est un collectif, de même que sa construction, ses fondements.
Tag(s) : #Institutions - Politique

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