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Au gré de l’annonce de nouvelles faillites ou de celle de nouvelles interventions musclées de l’Etat fédéral américain ou des banques centrales (Réserve Fédérale, Banque Centrale Européenne, Banque d’Angleterre, Banque du Japon) qui offrent des centaines de milliards d’euros de crédit aux banques, la crise qui sévit dans le monde depuis plus d’un an révèle peu à peu ses multiples aspects qui se renforcent mutuellement : crises d’ordre financier, alimentaire, social, énergétique, écologique.



Depuis janvier 2007, des experts indépendants avaient prévu la crise des subprimes et son aspect systémique, l’effondrement du système avec la gangrène fatale des fonds de pension et les conséquences directes notamment pour des dizaines de millions de baby-boomers retraités.


Mais nos grands économistes et autres partisans de l’ultra-libéralisme dont certains se font d'ailleurs plutôt rares ces temps-ci dans les médias, à commencer par le Président de la commission européenne ou les deux directeurs généraux «libéraux et socialistes» du FMI et de l’OMC, ont été incapables de prévoir cette crise, la plus grave depuis 1929. En guise de justification, ils nous expliquent évasivement qu’ils n’ont pas été assez écoutés par les chefs d’Etat occidentaux alors que ce sont justement ces mêmes gouvernants qui les ont promus à ces hauts postes de responsabilité…


Aujourd’hui, il est un peu tard pour organiser une riposte efficace et juste au serrage de vis terrible qui accompagne généralement les périodes de grave récession. Au cours des multiples réunions qui se sont tenues à l’Elysée depuis le 11 octobre, Nicolas Sarkozy a bien multiplié les numéros d’autosatisfaction mais le plan européen est tout simplement la copie conforme du plan de Gordon Brown, lui-même inspiré en grande partie par le plan Paulson.


La déclinaison pour la France du plan européen de 1700 milliards d’euros (presque trois fois le plan Paulson), s’élève à 360 milliards d’euros sous forme de garantie et comme dans les autres pays européens, ces fonds sont divisés en deux parties.


Une part de 40 milliards pour «recapitaliser» les banques. Les mots «nationalisation» et «récession» sont proscrits du vocabulaire… Cela multiplie, de fait, malgré toutes les arguties comptables d’Eric Woerth, le déficit extérieur par deux. Avec plus de 5 % du PIB, le déficit public pulvérise les limites du traité d’Amsterdam (3 %).

Une autre part de 320 milliards sert à garantir le crédit interbancaire jusqu’au 31/12/2009. L’Etat empruntera à la place des banques (il a, contrairement aux banques «bonne réputation» sur le marché des capitaux et reversera ces fonds aux banques).


Et Nicolas Sarkozy garde un profond silence sur les 1250 milliards d’euros de dette publique de la France. Un véritable gouffre qui va être encore creusé par les 40 milliards que l’Etat compte injecter directement dans les banques. Et plus la dette sera lourde, plus les intérêts le seront…


Au bout du compte et dans la logique du plan américain, ce sont bien les citoyens qui vont payer les frasques des banques et établissements financiers et ce doublement : en tant que contribuables et en tant que travailleurs. Le vieil adage cynique "privatisons les profits, socialisons les pertes" n'a jamais été autant d'actualité.


Les nationalisations ne sont en fait que des «recapitalisations», bien évidemment transitoires et que dès que possible (dès que le secteur sera de nouveau profitable) les capitaux acquis par les états seront cédés au privé.

Pire, dans le train de mesures prises au plan européen, il n’y a rien sur l’interdiction indispensable des paradis fiscaux dans le Monde et tolérés au sein même de l’Union Européenne, où la plupart des fonds spéculatifs ont leur siège social. Les paradis fiscaux «ne doivent plus exister», a déclaré un François Fillon emporté par la crise, le 14 octobre. Le Premier ministre pensait-il aux places off shore qu'abrite le territoire français ? Selon les spécialistes, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Tahiti, Wallis-et-Futuna mais aussi des départements d'Outre-mer peuvent fonctionner comme des paradis fiscaux, voire des places de blanchiment !


Il n'y a rien non plus sur la fin souhaitable des innovations financières de la vente à découvert, la titrisation, les produits dérivés, rien sur un prélèvement sur les revenus du capital, rien sur une taxe possible sur les transactions boursières et rien naturellement sur la protection du pouvoir d’achat des salariés grâce à un système d’indexation des salaires sur les prix, au moins au niveau du taux officiel d’inflation.


Dans ces conditions, les conséquences de ce scénario sont hélas connues : les prix vont augmenter très sensiblement et les salaires connaîtront des taux d’augmentation nettement en dessous du taux de l’inflation.


Les impôts indirects, si chers à Nicolas Sarkozy et sa majorité présidentielle vont continuer à augmenter dans des conditions inacceptables (actuellement, ils représentent 83% du budget de l’Etat contre 17% seulement pour les impôts sur les revenus et les richesses !). La France bat ainsi tous les records d’injustice fiscale dans le monde occidental en matière de ratio impôts directs / impôts indirects. Même aux Etats-Unis, cette répartition est plus juste qu’en France !


La paupérisation des salariés, phénomène très inquiétant, va donc continuer à s’accentuer. Déjà, la France compte plus de 7 millions de personnes pauvres, au sens des critères retenus par l’union européenne - 60% du revenu médian, soit environ 800 € par mois - et plus de 2 500 000 personnes sont payées au SMIC. 30 % des salariés à temps plein (hors intérim) touchent un salaire inférieur à 1,3 SMIC (1717 € bruts par mois).


Les classes les plus modestes et les classes moyennes salariées ou non vont se retrouver étranglées par l’inflation des denrées et de l’énergie conjuguées au racket des assurances et autres babioles bureaucratiques obligatoires et ruineuses. Les retraités américains et européens notamment, risquent eux de déguster un maximum parce que les banques sont mouillées à fond dans le système et toutes dépendantes des fonds de pension.

 

Aujourd’hui, si de vraies solutions existent pour sortir de la nocivité de cette logique qui sévit depuis plusieurs décennies et refonder une architecture économique internationale, les gouvernements des plus grands pays ne sont pas prêts à prendre toutes les mesures nécessaires pour qu’une telle crise ne se reproduise plus, en enlevant le pouvoir aux acteurs financiers afin de satisfaire les besoins fondamentaux plutôt que de maximiser les profits…



Comment la crise s'est-elle propagée ?

Dans une période où la croissance économique américaine était tirée par l'endettement, les banques américaines ont octroyé des prêts à des ménages de plus en plus modestes pour qu'ils accèdent à la propriété de leur logement et à la consommation : c'était le marché à haut risque, dit du subprime. Prêteurs comme emprunteurs pariaient sur la hausse des prix de l'immobilier qui semblait n'avoir pas de fin. Ainsi, les hypothèques prises par les banques leur garantissaient de pouvoir récupérer leur mise avec bonus et les ménages escomptaient un accroissement de leur richesse. Entre temps, les banques avaient «titrisé» les créances et leurs hypothèques, c'est-à-dire les avaient vendues sur les marchés financiers. Ces nouveaux titres financiers se trouvaient donc introduits et mélangés avec d'autres dans les portefeuilles gérés par tous les fonds de placement à caractère spéculatif ou les banques elles-mêmes. Le problème est né lorsque, après le retournement du marché de l'immobilier, les détenteurs de ces titres ont souhaité les liquider alors que plus personne n'en voulait. On est entré dans une crise dite de liquidité, aucun acteur du système financier ne trouvant les sommes dont il avait besoin, chacun redoutant que les fameux titres de plus en plus pourris, disséminés on ne sait où, occupent une place trop grande dans le total de ses actifs.


Un système capable de s'auto-réguler ?

Depuis le mois d’août 2007 et jusqu’en août 2008, tous les oracles libéraux prédisaient la fin de la crise qui devait rester cantonnée aux États-Unis et à la sphère financière, sans dommages pour l’économie productive. Double erreur : la crise a sauté les frontières et menace toutes les banques du monde, et, plus grave encore, a mis en récession plusieurs économies européennes (Espagne, Irlande, Royaume-Uni, Allemagne, France), tandis que les pays pauvres du sud de la planète ont été frappés par la spéculation qui a fait s’envoler le prix des céréales au premier semestre 2008. La preuve étant faite que le marché ne peut être le régulateur général de l’humanité, les principales banques centrales ont, depuis un an, prêté des centaines de milliards de dollars et d'euros aux banques ordinaires ; et la Banque centrale des États-Unis a baissé à plusieurs reprises son taux d'intérêt directeur, alors que la Banque centrale européenne s'y refusait. Cela n'a suffi ni à calmer l'angoisse grandissante des acteurs financiers devant la crise de liquidité (personne ne veut plus prêter à personne), ni à compenser la crise de solvabilité au fur et à mesure que les pertes des institutions financières liées aux trop grands risques pris sont apparues dans leur plus grande brutalité : 500 milliards de dollars, 1 000 milliards, 2 000 milliards… ?


Pourquoi la crise s'est-elle accélérée en septembre 2008 ?

Plusieurs institutions financières américaines majeures sont arrivées au bord de la faillite et menacent d'effondrement le système. Le gouvernement américain procède alors à plusieurs opérations de nationalisation : Freddie Mac et Fannie Mae, AIG. Dans le même temps, des banques parmi les plus importantes, Lehman Brothers et Merrill Lynch, et la caisse d’épargne Washington Mutual, sont mises en faillite et rachetées par leurs concurrentes, comme ce fut le cas au printemps pour Bear Stearns. En Europe, la banque belge Fortis est nationalisée par les trois États du Bénélux. Et la France doit sauver la banque des collectivités locales Dexia, tandis que bruissent des rumeurs sur la santé de la Caisse d’épargne, fragilisée par l’effondrement de Natixis, dont elle possède un tiers des actions. Les pouvoirs publics volent ainsi au secours des banques privées, mais le mal est fait : les marchés financiers sont pris de panique et les bourses craquent en quelques jours, par crainte de l’annonce de nouvelles faillites retentissantes.


Qu’est-ce que le plan Paulson ?

Prenant le contre-pied de tous les discours néolibéraux entendus depuis trente ans, le gouvernement américain élabore alors d’urgence un plan de sauvetage du système bancaire et financier. Après avoir consacré 300 milliards de dollars pour nationaliser à tour de bras, il projette de racheter 700 milliards de titres financiers pourris aux institutions financières menacées. Le vieil adage cynique « privatisons les profits, socialisations les pertes » reprend donc du service.

Qui paiera ?

La logique du plan Paulson est simple. Les citoyens paieront doublement : en tant que contribuables et en tant que travailleurs. D’abord, la levée de fonds gigantesques pour racheter les créances douteuses ne peut se faire en théorie que par l’impôt ou par l’emprunt. Si la première solution est écartée pour l’instant, la seconde renvoie le problème à plus tard mais ne l’évitera pas, tout en frisant le comble : emprunter à ces mêmes acteurs financiers qui, par leurs pratiques, ont conduit dans l’impasse actuelle. Comme quoi, la crise n’est pas pour tout le monde. Ensuite, le plan Paulson ne dit mot des Américains qui ont perdu leur logement ou qui vont le perdre.


La surdité française

Pendant ce temps, le président français et son gouvernement jouent les fiers-à-bras en jurant que l’État garantira en toutes circonstances l’équilibre financier des banques, mais qu’il faut poursuivre de plus belle les réformes « structurelles » entreprises. Entendez par là la flexibilisation du marché du travail, l’augmentation des franchises médicales, la diminution des emplois publics, la privatisation des services publics. Après Air France, GDF, France Telecom, le moment est venu de s’attaquer à la Caisse nationale de prévoyance et au livret A. Et l’on frémit à l’idée que La Poste pourrait être à son tour privatisée, c’est-à-dire soumise aux exigences et aux errements de la Bourse. Quant aux retraites, déjà laminées par les réformes Balladur et Fillon, on voit aujourd’hui quel est le danger de les confier à la finance.

La crise est-elle inéluctable ?

Avec la liberté de circuler accordée aux capitaux et la déréglementation des marchés financiers, mises en place depuis trente ans, ont proliféré des nouveaux produits financiers et des fonds spéculatifs de toute espèce : leur seul objectif est de produire de la plus-value boursière, dont la croissance à long terme est assurée par celle de la plus-value réelle, dans les entreprises, permise par une pression croissante sur les salaires. Ces fonds voraces ont besoin de drainer des sommes toujours plus importantes, d'où la volonté de détruire les systèmes de retraites et d'assurance maladie pour capter l'épargne des salariés. Lors d’une telle crise financière, la richesse réelle ne « part pas en fumée » puisque seule la bulle fictive s'effondre. D’autre part, ce que perdent les uns est souvent empoché par d’autres. Le Monde du 27 septembre nous apprend que la déconvenue de plusieurs banques anglaises fait le bonheur du fonds spéculatif new-yorkais Paulson & co (un homonyme !) à hauteur de quelques milliards. En revanche, la récession économique qui suivra peut-être la débâcle financière sera soldée par les travailleurs, les ménages endettés et les populations du monde les plus fragiles. La vérité sur le capitalisme financier est là, toute nue. Un système qui veut assurer 15 ou 20 % par an de rentabilité aux actionnaires en captant une part toujours plus grande de la richesse produite et qui prétend se passer de toute régulation publique, en confiant la planète à la loi du marché, ne peut connaître que des soubresauts violents. S’il est vrai que nous sommes au coeur d’une crise systémique, il faut sortir de ce système et ne pas se contenter d’arrangements moraux, surtout venant de la part de dirigeants qui ne nous ont pas habitués à tant de vertu.


Les propositions d’ATTAC

- D’appliquer le principe du spéculateur-payeur.Ceux qui se sont enrichis doivent payer le plan de sauvegarde et la relance de l'économie. Ce n’est pas aux travailleurs qui subissent déjà la hausse du chômage et de la précarité de les supporter. Pour cela, doit être mis en place un prélèvement sur les revenus du capital.

- De ne pas socialiser uniquement les pertes. Pourquoi les pouvoirs publics ne devraient-ils racheter que les actifs pourris des banques ? Les mêmes montants pourraient servir à constituer un pôle bancaire public solide, afin de réorienter l'épargne vers les investissements socialement et écologiquement utiles. Le contrôle de la BCE et la nationalisation des principales banques sont, on le sait désormais, possibles.

- D’organiser un nouveau système financier international : en limitant fortement les flux de capitaux par une taxe sur les transactions, en réduisant le pouvoir des actionnaires par un impôt sur les revenus du capital, en interdisant les paradis fiscaux, les stocks options, les fonds spéculatifs et les marchés à terme sauf, si on les contrôle, pour les marchandises réelles.

- De cesser immédiatement toutes les contre-réformes qui détruisent le social et de procéder à la mise sous contrôle public des secteurs clés de l’énergie, des transports, des communications, de la distribution de l’eau, de l’éducation et de la recherche.

- D’instaurer un nouveau partage des richesses, sans lequel il ne sera pas possible de réguler autre chose que la préparation de la prochaine crise. Pour cela il faut fixer un revenu maximum, et garantir des droits sociaux élevés par une répartition juste des gains de productivité.

- Enfin, l’Union européenne doit agir dans ce sens et proposer que se tienne une conférence internationale sous l’égide de l’ONU et non pas du G8.

 


Attac France

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Tél. : 01-41-58-17-40 - Fax : 01-43-63-84-62

Courriel : attacfr@attac.org

Tag(s) : #Economie - Fiscalité - Social

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