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Le 18 octobre 1982 mourait Pierre Mendès France. En concevant la République comme un combat historique et démocratique et non comme un pouvoir à conserver ou à isoler de la société, PMF, comme Jaurès, a toujours sauvé en quelque sorte l’honneur de la gauche.

Il a laissé, en une phrase, un véritable testament aux générations futures : «Ceux qui veulent conjuguer l’égalité et la liberté, construire le socialisme à visage humain, doivent toujours mettre et remettre au premier plan le souci et l’exigence de la démocratie politique»…

Dès 9 juillet 1936, PMF fait déjà entendre une autre voix. La gauche (PCF compris) s'abstenant lors du vote à propos de la participation française aux Jeux olympiques de Berlin, organisés par le régime nazi, il est le seul député de gauche à voter contre, soutenant ainsi les Olympiades populaires organisées par le Front populaire espagnol.
PMF élabore ensuite avec le directeur de cabinet de Léon Blum, Georges Boris, un projet de réforme économique audacieux, axé sur le contrôle des actifs et sur le soutien à l'investissement dont l'exposé des motifs se réclame pour la première fois en France de préceptes keynésiens.
En décembre 1936, PMF organise les premières élections au suffrage universel complet (avec les femmes) à Louviers dans l’Eure où il était maire. Six conseillères adjointes furent élues, jusqu’à ce que le gouvernement Vichy mette brutalement fin à l’expérience. Il faudra attendre huit ans pour que les femmes puissent finalement voter. 
Après une première tentative infructueuse pour former un gouvernement, PMF est finalement investi président du Conseil avec une forte majorité le 18 juin 1954, quelques semaines après la défaite française à la bataille de Dien Bien Phu, pour faire la paix en Indochine. Il ne dirigera le Gouvernement que pendant sept mois et demi (jusqu’au 5 février 1955), mais son passage aux affaires sera l'un des temps forts de l'histoire institutionnelle de la quatrième République.
PMF avait promis de faire cesser la guerre en Indochine et le 20 juillet 1954, il signait l’accord de paix de Genève mettant fin au conflit. Après son départ du pouvoir en 1955 puis la chute du gouvernement Edgar Faure en janvier 1956, la SFIO de l’époque et Guy Mollet allaient commencer une autre guerre en Algérie...
Ses idées et ses discours ont toujours été particulièrement marquants et prémonitoires dans plusieurs domaines importants comme les conditions de mise en œuvre des réformes, les institutions, la fiscalité ou la construction de l’Europe.

La mise en œuvre des réformes

Concernant les réformes à faire, il réaffirmait notamment au moment de la victoire de la gauche en 1981, le principe selon lequel si les réformes nécessaires au pays ne sont pas engagées dans les six premiers mois qui suivent l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement, elles ne se font jamais.

La rareté de vraies réformes administratives, économiques et sociales depuis plusieurs décennies démontre bien la véracité de ses propos.

Et aujourd’hui, on a déjà un petit aperçu du bien fondé de cette affirmation quand on voit François Hollande ou Jean-Marc Ayrault renvoyer à plus tard certaines réformes fondamentales concernant les institutions (proportionnelle, réforme du Sénat, réduction du nombre des échelons administratifs, reconnaissance du vote blanc, 6ème République, etc.), la fiscalité (rétablissement d’une véritable progressivité de l’IR, changement de l’assiette des cotisations de SS, réforme de la fiscalité locale, réduction drastique des niches fiscales, etc.) ou la marche vers l’Europe sociale…

Les institutions de la 5ème République
Opposé aux conditions dans lesquelles le général de Gaulle prend le pouvoir en 1958, il mène vigoureusement campagne pour le Non au référendum du 28 septembre 1958, qui se soldera malheureusement par l'adoption du projet et la rapide promulgation de la Constitution du 4 octobre 1958, à caractère monarchique accordant trop de pouvoir à un seul homme en la personne du président de la République.
Son hostilité constante aux institutions de la 5ème République voulues par le général, maintenues par la gauche au pouvoir et François Mitterrand, l’a finalement conduit, dans la seconde partie de sa vie, à un certain retrait de la vie politique.

Pierre Mendes France aura toujours en effet considéré que la question institutionnelle était partie intégrante de la question sociale :  "Je mets au défi quelque homme politique que ce soit d'entreprendre demain une authentique démocratisation de l'enseignement, de modifier la répartition du revenu national au profit des classes défavorisées, d'assurer le contrôle par la puissance publique des positions dominantes de l'économie, d'assurer désormais le respect des libertés fondamentales et des droits de l'Homme (...) si les problèmes institutionnels n'ont pas reçu d'abord une solution correcte. Autrement dit, si l'on n'a pas fait choix des leviers qu'il conviendra d'employer" (La République Moderne, 1962). 
La fiscalité

A propos de la fiscalité, sujet de discussion sensible actuellement, PMF disait déjà qu'il convenait de réduire la fiscalité indirecte car elle risquait d'entraîner une paupérisation grandissante des salariés.

Cette prévision s’est avérée malheureusement juste avec une pauvreté de masse qui touche aujourd’hui plus de 8 millions de personnes et un budget de l’Etat alimenté à près de 65% par les impôts indirects (TVA, TIPP, impôts locaux et fonciers, franchises médicales, forfaits hospitaliers, taxes diverses, etc.). Un record qui fait de notre pays l’un des plus inégalitaires du monde avec seulement 19% des recettes budgétaires alimentées par l’impôt sur le revenu et 16% par l'impôt sur les sociétés ! 

Et cette particularité du budget en France ne choque pas beaucoup les partis politiques de gauche ou de droite qui parlent volontiers de stabilité ou de baisse des impôts sur le revenu mais en oubliant de dire que ces derniers ne sont pas les principaux impôts aujourd'hui…

Modifier le rapport entre fiscalité directe et indirecte est donc une réforme essentielle à engager, d'autant plus que les impôts indirects sont particulièrement injustes car ils touchent de la même manière les personnes les plus aisées comme les plus modestes et que l'Etat transfère de plus en plus de compétences aux collectivités territoriales, sans assurer parallèlement tous les financements correspondants.

L’Europe
Le 18 janvier 1957, quelques mois avant la signature des traités de Rome le 25 mars 1987 (CEE et Euratom), PMF exprimait, dans un discours resté célèbre à l'Assemblée nationale, ses doutes sur un marché commun où les pouvoirs de la démocratie sont délégués à une autorité extérieure non élue.  Il prend position contre la ratification de ces traités en juillet 1957 en raison notamment de l'absence de l'Angleterre, du poids excessif des grandes sociétés capitalistes et du fait que  ces textes ne traitaient que l’aspect économique de la politique européenne et laissait de côté (déjà…) l'harmonisation fiscale et sociale en Europe :
« Le projet du marché commun, tel qu’il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. [...] L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ».
Qui se souvient encore aujourd'hui de ce discours ? Pas grand monde car 55 ans après la signature de ce traité, de nombreuses personnalités politiques, souvent de gauche, ayant voté Oui à tous les traités européens notamment ceux de Maastricht en 1992 et du Traité Constitutionnel Européen (TCE) en 2005 ont le culot de se réclamer de PMF et  continuent à nous expliquer que l’harmonisation sociale, fiscale, la fin des paradis fiscaux en Europe, etc., c’est pour demain…
On pourrait ainsi multiplier les exemples qui montrent qu’en ce qui concerne l’action politique à mener et les réformes à engager, il ne suffit pas d'avoir de bonnes intentions, il faut encore un projet clair et surtout la volonté et le courage de le mettre en œuvre…

Photo Creative Commons : PMF par couscouschocolat (http://www.flickr.com/photos/couscouschocolat/6272779894/)
Tag(s) : #Souvenir

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