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Des délégués issus des principaux syndicats des pays du monde ont lancé à Vienne le 1er novembre 2006 une nouvelle organisation syndicale chargée de veiller au respect des droits des travailleurs sur les cinq continents.

Cette nouvelle organisation, la Confédération Syndicale Internationale (CSI) réunit 306 syndicats représentant plus de 165 millions d'adhérents dans 156 pays du monde.

Passé un peu inaperçu, c’est un évènement historique pour le syndicalisme, qui se dote enfin d'une structure à la dimension des enjeux de la mondialisation économique.C’est une bonne nouvelle pour tous ceux qui veulent construire un autre monde, où les droits des salariés, les normes sociales et environnementales ne seront plus des vains mots et des déclarations d'intentions suivies d’aucun effet.
 
 
Cette nouvelle CSI est née de la fusion de la Confédération Mondiale du Travail (CMT) et de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) qui avaient tenu auparavant leur congrès de dissolution officielle.

La CMT, de tendance chrétienne, fondée en 1920, réunissait 144 syndicats et la CISL, réformiste et laïque, fondée en 1949, comptait 241 organisations affiliées.

Cette nouvelle structure unitaire reçoit en outre le renfort d’une dizaine de syndicats indépendants, dont certains, comme la CGT française, ont longtemps appartenu au troisième courant, communiste, du syndicalisme international. Ce courant, jadis porté par l’Union soviétique, est toujours représenté par la Fédération syndicale mondiale (FSM) qui compte surtout des centrales en situation de monopole dans leurs pays respectifs, comme à Cuba ou en Corée du Nord. Tout rapprochement est donc écarté, selon le britannique Guy Ryder, ex-numéro un de la CISL, pour qui la FSM «ne partage pas notre conception du syndicalisme indépendant et démocratique».

Les quatre centrales françaises CGT, CFDT, FO et CFTC seront donc membres de la CSI, une première en France, ces organisations n'ayant jamais été réunies sous la houlette d'une même confédération.

Le siège de la CSI sera basé à Bruxelles, comme les confédérations dont elle est issue. Guy Ryder, âgé de 50 ans, syndicaliste professionnel issu du Trade Union Congress britannique, prend la tête de la nouvelle centrale. Il est considéré comme un pragmatique et a longtemps fait figure de compagnon de route de Tony Blair avant de prendre ses distances avec lui, depuis quelques années, notamment à la suite de l'invasion en Irak.

La CSI espère peser davantage face à la libéralisation des échanges internationaux explique Guy Ryder : «le rassemblement que nous créons nous permettra d’être mieux entendus. Vis-à-vis des institutions multilatérales comme le FMI, l’OMC ou la Banque mondiale, nous serons plus efficaces si nous parvenons à aider nos syndicats nationaux à peser sur les gouvernements. Nous devons infléchir la politique de ces organisations pour modifier le cours de la mondialisation».

Premier objectif : lutter pour la défense et le respect des droits syndicaux, en mettant à l’index les pays qui répriment les pratiques revendicatives.

Le problème est particulièrement criant dans plusieurs pays d’Amérique latine et centrale (Nicaragua, Guatemala, Colombie) où des syndicalistes sont régulièrement assassinés et dans certains pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie (Chine, Corée du Nord, pays du golfe) où les syndicats indépendants du pouvoir ne sont pas tolérés et où la liste des ennemis des libertés syndicales se confond souvent avec celle des ennemis de la liberté de presse.

Un autre problème est celui du tassement des adhésions syndicales. Concurrencés par des ONG très actives, notamment celles affiliées au courant altermondialiste, les syndicats doivent faire face dans les pays développés à un net repli des adhésions syndicales. Le cas de la France avec moins de 10 % de salariés syndiqués est particulièrement significatif à cet égard.

Second objectif : faire contrepoids aux organisations multilatérales internationales comme le FMI, l’OMC ou la Banque Mondiale ainsi que les multinationales qui ont développé un savoir-faire grandissant pour accommoder ou contourner les législations sociales.

Les syndicats, reconnaissait il y a peu le Bureau International du Travail (BIT), peinent à infléchir la "convergence vers le bas" des salaires et des normes sociales qu'impose la mondialisation dans certains pays, notamment en Europe de l'Est. En effet, de nouvelles méthodes de dialogue social se propagent où les directions des entreprises n’hésitent plus à s'adresser directement aux salariés par le biais par exemple de consultations internes.

La CSI va tenter d’inscrire les droits des salariés dans les accords commerciaux internationaux. Elle annonce aussi son intention de travailler étroitement avec les Global Unions, ces super-syndicats de branches professionnelles à l’échelon international, qui ont su faire plier certaines multinationales et notamment celles qui opèrent dans le secteur du transport maritime.

Dernier objectif : le rapprochement avec la société civile et les ONG altermondialistes. La CSI sera ainsi présente au prochain Forum social mondial, à Nairobi. Cette nouvelle structure unitaire veut également diversifier ses terrains de lutte. Elle devrait notamment lancer des campagnes sur l’environnement, le développement durable mais aussi les droits de l’homme.

Les défis qui attendent cette nouvelle confédération internationale sont nombreux mais le rassemblement de tous les travailleurs du monde constitue une première réponse et un espoir dans un monde abandonné aux appétits des ultra-conservateurs et néo-libéraux.

Structure et fonctionnement de la CSI

Au sein de la nouvelle organisation, le Congrès est l'autorité suprême pour l'élaboration du programme et de la politique de la confédération. Il se réunira en session ordinaire au moins une fois tous les quatre ans. La CSI dispose par ailleurs d'un conseil général, qui tiendra une session annuelle minimum. Chargé de diriger les activités de la confédération et de mettre en application les décisions et les recommandations du congrès, le conseil établit le budget, et adopte le rapport financier annuel de la CSI. Il est composé de 70 membres, selon une répartition régionale définie (Afrique, Amériques, Asie-Pacifique, Europe), six membres nommés par un «comité des femmes» établi par le conseil, deux membres nommés par un «comité de la jeunesse» constitué par le conseil. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, et François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, siégeront au conseil général comme membres titulaires. Jean-Claude Mailly et Jacques Voisin, secrétaires généraux respectifs de la FO et de la CFTC, seront membres suppléants. Le conseil général élit un bureau exécutif composé de 27 membres. François Chérèque y sera membre titulaire. Bernard Thibault lui succédera en 2008, à mi-parcours de ce mandat de quatre ans. La nouvelle confédération devrait disposer d'un budget de 11 millions d'€.

Quelques dates clés du Syndicalisme :

1791, 14 juin : Loi Le Chapelier interdisant les jurandes et les coalitions, entravant ainsi le principe même du syndicat comme association ouvrière

1803, 12 avril : Loi sur la réglementation du travail dans les manufactures et les ateliers; elle renouvelle également l’interdiction des coalitions ouvrières.

1864 : Création de l’Association internationale des travailleurs (Ire Internationale) elle sert de forum d’échanges entre les mouvements syndicaux et elle participe beaucoup pour le consentement progressif à la légalisation de ce type d’institutions.

1884 : Le Ministre de l’intérieur Waldeck-Rousseau fait voter une loi autorisant la création de syndicats professionnels

1895 : Naissance de la Confédération Générale du Travail (CGT) lors du congrès à Limoges

1906 : La Charte d’Amiens pose le principe d’une indépendance du syndicat par rapport aux partis politiques

1920 : Naissance à La Haye (Pays Bas) de la Confédération Internationale des Syndicats Chrétien (CISC), la CFTC française y tient une place importante.

1945, 6 au 17 février : Réunion d’un congrès mondial à Londres puis naissance à Paris de la Fédération Syndicale Mondiale (FSM) à l’initiative des syndicats américains, britanniques et soviétique.

1946 : Le droit syndical est reconnu par le préambule de la Constitution française

1949 : Avec le début de la guerre froide, les syndicats américains, britanniques et en France FO quittent la FSM pour créer la CISL (Confédération Internationale des Syndicats Libres)

1964 : Congrès de la CFTC qui se déconfessionnalise. Naissance à la CFDT mais une minorité décide de maintenir la CFTC

1968, 25 au 27 mai : Signature des accords de Grenelle entre les représentants du gouvernement Pompidou, des syndicats et des organisations patronales (augmentation de 25 % du SMIG et de 10 % en moyenne des salaires réels, baisse du temps de travail à 44 h par semaine). Ils prévoient aussi la création de la section syndicale d’entreprise.

1968, 27 décembre : Loi sur la section syndicale d’entreprise

1969 : La CISC se déconfessionnalise et devient la CMT (Confédération Mondiale des Travailleurs)

1979 : La CFDT, membre de la CMT quitte cette fédération

1982 : Lois «Auroux » relative aux libertés des travailleurs dans l’entreprise, au développement des institutions représentatives du personnel, à la négociation collective, au règlement des conflits collectifs du travail, à l’obligation de négocier tant au niveau de la branche et de l’entreprise dans certains domaines et selon une périodicité définie par la loi, au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail.

1989 : Les anciens syndicats communistes quittent la FSM et se répartissent entre la CISL et la CMT

1994 : La CGT décide de quitter la FSM et reste sans affiliation

2004 : La CISL approuve l’idée de la création d’une grande confédération, lors de son congrès de Miyazaki

2005 : La CMT fait la même chose que la CISL l’année précédente, lors de son congrès de Houffalize (Belgique)

2006, 31 octobre : la CISL et la CMT se dissolvent et créent la CSI à Vienne. La Chine est observateur et quelques fédérations ne seront pas membres par impossibilité de payer leur cotisation.

Photo : logo de la CSI (http://www.ituc-csi.org/spip.php?rubrique1&lang=fr) 

Tag(s) : #Europe - International

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