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La nouvelle n’a pas fait grand bruit et nettement moins que « l’affaire Siné », lors du licenciement sans préavis de l’humoriste par Charlie Hebdo, en juillet 2008.

Et pourtant, l’épilogue judiciaire de cette affaire est net et sans bavure : l’hebdo satirique se voit reprocher par le Tribunal de Grande Instance de Paris une rupture abusive du contrat qui le liait au dessinateur …



 

 

Dans Charlie Hebdo du 2 juillet 2008, on pouvait lire, sous la plume de Siné, dans sa chronique hebdomadaire, les lignes suivantes :

« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »


Le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, qui ne sévissait pas encore comme directeur de France Inter, sommait Siné de présenter des excuses publiques. Mais sans succès. Siné apprenait son licenciement le 16 juillet dans les colonnes du journal satirique… La lettre lui annonçant son éviction lui parvenait après son renvoi…


Deux ans et demi plus tard, le TGI de Paris répond à Philippe Val dans un jugement dépourvu de toute ambiguïté : « Il ne peut être prétendu que les termes de la chronique de Maurice Sinet sont antisémites, (…) ni que celui-ci a commis une faute en les écrivant (…). [De plus,] Il ne pouvait être demandé à Siné de signer et faire paraître une lettre d’excuse ».


Charlie Hebdo (plus précisément la société Les Éditions Rotatives) est donc condamné à verser 20 000 euros à Siné pour rupture abusive de contrat. En outre, pour le TGI, « la médiatisation de la rupture et le caractère humiliant de son annonce apprise en même temps que les lecteurs par la publication du numéro du 16 juillet 2008, ont causé à Siné un préjudice moral qu’il convient d’indemniser en lui allouant la somme de 20 000 euros ». Soit un total de 40 000 euros.


Le bandeau devant figurer sur la Une de Charlie Hebdo donnera au moins quelque publicité à un jugement accueilli par un silence médiatique assourdissant, en comparaison du tumulte suscité lors du licenciement de Siné. Seuls en effet, l’Humanité, Rue89, Bakchich et Arrêts sur Images s’en sont fait nettement l’écho. Une dépêche AFP a bien circulé, reprise sur les sites Internet de plusieurs quotidiens et hebdomadaires mais sans commentaire particulier. Pas d’article dans les versions papier. Et pas de long développement sur l’affaire, bien entendu, sur l’antenne de France Inter…


Philippe Val va-t-il, comme il l’avait exigé de Siné, présenter des excuses publiques dans Charlie Hebdo ? Ou alors, sur France Inter, comme lorsqu’il s’était invité à l’antenne pour justifier les renvois de Stéphane Guillon et Didier Porte ?


BHL va-t-il écrire une tribune enflammée dans laquelle il reconnaît s’être trompé ?


Laurent Joffrin va-t-il consacrer une page « Rebonds » de Libération à démentir ce qu’il avait écrit dans ces mêmes pages au moment de « l’affaire » ?


Que vont faire Alexandre Adler, Claude Askolovitch et tant d’autres de cette nouvelle qui clôt une affaire en cours depuis deux ans et demi et qui avait fait couler tant d’encre ?


Suspense... 


 

 

Merci à notre ami Colin Brunel (http://www.acrimed.org/auteur1279.html)

 

Photo : Siné au Salon du livre de Paris, 2007 par Wikimédia Commons (http://commons.wikimedia.org/w/index.php?title=Special%3ASearch&search=sin%C3%A9&go=Go)

Tag(s) : #Droit - Justice

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