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Depuis la diffusion du film de Yann Arthus-Bertrand, à la télévision publique, sur France 2, deux jours avant les élections européennes, l’affaire «Home», nous interroge de plus en plus.

Yann Arthus-Bertrand a affiché en effet son soutien à la liste Europe-écologie à la veille des élections. Un soutien dont s'est félicité immédiatement Daniel Cohn-Bendit.


Et Jean-Louis Borloo qui avait envoyé une lettre aux préfets de région pour diffuser le film "Home" avant les élections, ne cachait pas sa satisfaction sur les plateaux de télévision, lors de la soirée électorale, en déclarant sa connivence avec l’ancien leader de mai 68… 


 

 

Dans son numéro du 22 juin 2009, le quotidien Le Monde a révélé qu'un ministre d’Etat du gouvernement, Jean-Louis Borloo, avait envoyé une lettre aux préfets de région, à la veille du début de la campagne officielle, leur prescrivant de diffuser le film produit par l'ami du Président de la République François Pinault : "un appel à la prise de conscience écologique en matière de réchauffement climatique".


  La lettre a été envoyée aux préfets de région à la veille du début de la campagne officielle des élections européennes du 7 juin, qui astreint pourtant à une obligation de réserve les ministres et les agents publics. Une copie du film accompagnait le courrier…


Certains préfets se sont exécutés, organisant une projection du documentaire. C'est le cas, par exemple, en Moselle, où le préfet de région, Bernard Niquet, a largement invité, le 5 juin, les fonctionnaires à se rendre au Caméo-Ariel à Metz, pour assister à la diffusion du film. Dans une note envoyée aux différentes sous-directions de la préfecture, M. Niquet indique qu'il "serait souhaitable que les directions soient représentées par une vingtaine de personnes". Le préfet précise qu'il agit "à l'initiative du ministère de l'écologie".


D'autres préfets se sont montrés plus réticents. "Nous rentrions dans une période de réserve, raconte l'un d'eux. Il n'était pas question pour moi d'organiser une séance publique. Et je n'ai pas vu l'intérêt d'organiser une projection privée à la préfecture, alors que les gens pouvaient tranquillement regarder le film chez eux." "De ma carrière, je n'avais jamais reçu une telle demande à la veille d'une échéance électorale", commente un autre.


Dans le même temps, le président du groupe PPR, François Pinault, lançait une extraordinaire campagne de promotion du film qu’il venait de financer. Les premières images du film représentent les dizaines de marques de luxe et de grandes franchises du groupe PPR qui s’assemblent pour former le mot «Home».


Ce système reproduit, en plus puissant encore, le « Pacte Écologique » de l'animateur de TF1 Nicolas Hulot. Cette opération de propagande fonctionne à plein : sous couvert de protection de l'’environnement, l'idéologie que diffuse ce film en filigrane est destinée à légitimer les règles du capitalisme sous couvert d'application des lois naturelles.

Née de la volonté de citoyens de contester le modèle productiviste fondé sur la croissance, l’écologie est devenue pour les multinationales un moyen publicitaire de se refaire une virginité. Cela a très bien été décrit dans une récente émission de Daniel Mermet " Là-bas si j’y suis " sur France Inter.


Et les initiateurs des listes « Europe-écologie » se sont clairement affichés comme les prolongateurs du mouvement associatif environnementaliste qui avait contribué au Grenelle de l’environnement de Nicolas Sarkozy. Loin de remettre en cause le modèle productiviste lié aux multinationales, l’écologie défendue dans cette perspective est celle du "développement durable" et de la "croissance verte" destinée à tout «convertir au vert».


La victoire des listes de Daniel Cohn-Bendit, relance ainsi le débat entre les tenants d’une politique sociale véritable et les défenseurs d’un "socialisme moderne" et reprend une veille rhétorique connue du "modernisme" contre "l’archaïsme".


Mais sous des dehors de garçon rebelle à la mèche folle, «L'enfant chéri des médias» a été et reste un acteur de la construction de l’Europe du libre-marché. En accord, voire en avance, sur les thèses néolibérales, le député européen vert s’était déjà prononcé dans un livre paru en 1998 (Une envie de politique, aux Editions La Découverte) pour l’entrée des entreprises dans les écoles, le travail le dimanche, la privatisation des services publics ou le SMIC jeune...


Daniel Cohn-Bendit se déclare pour l’autonomie des établissements scolaires, pour qu’ils fassent sans l’État leurs propres choix de professeurs et d’enseignements. Il n’est pas opposé à l’appel aux fonds privés pour ces établissements afin de créer de «véritables joint-ventures avec les entreprises» et ajoute que "naturellement, l’industrie participerait aussi à la définition des contenus de l’enseignement, contrairement à ce que nous disions en 1968".


Alors que Sarkozy a dû lui-même reculer sur cette question fin 2008, Daniel Cohn-Bendit se déclare pour le travail le dimanche. «Il faut admettre que les machines travaillent sept jours sur sept, donc admettre le travail du week-end.»


Les marchés publics doivent être ouverts à la concurrence. «Des services comme le téléphone, la poste, l’électricité n’ont pas de raison de rester dans les mains de l’État. » Il insiste : « Il n’y a pas de raison qu’il existe un service public de télévision.»


L’ex-étudiant de Nanterre n’a rien non plus contre le fait que les jeunes soient payés moins que le SMIC «si en échange d’un salaire réduit pendant trois ou quatre ans, on leur donne la garantie d’accéder ensuite à un emploi ordinaire»…

 

 

Intervention de la journaliste Sophie Divry, du mensuel "La décroissance". Enregistrement réalisé lors du second contre-grenelle de l'environnement à Lyon le 2 mai 2009. Mise en image après les élections du 7 juin 2009. 


 

 

 

Tag(s) : #Environnement - Santé

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