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Ségolène Royal a gagné l’investiture du PS en remportant la majorité des voix des adhérents socialistes. Comme prévu à l’origine par ses initiateurs, François Hollande et François Rebsamen, l’opération «nouvelles adhésions» au cours de l’année 2006, a bien porté ses fruits puisque ces nouveaux adhérents «soldés à 20 €» ont choisi largement Ségolène.

Ses deux challengers, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, qui ont déjà exercé de hautes fonctions ministérielles (1er Ministre pour l’un et Ministre des finances pour les deux), n’ont pu finalement résister à l’attrait de la nouveauté et de la féminité.

Ségolène va devoir gagner maintenant les voix de tous les électeurs socialistes, notamment les partisans du Non au TCE le 29 mai 2005, afin d'assurer sa présence au second tour de l'élection présidentielle puis d’affronter son adversaire dans les meilleures conditions possibles.

Mais si l’exercice est périlleux, sa popularité conjuguée à la division entre sarkozystes et chiraquiens, pourrait éventuellement lui faciliter la tâche pour accéder à la Présidence de la République.

 
Remarquée à l’origine par Jacques Attali, Ségolène est conseillère technique au secrétariat général de la Présidence de la République de 1982 à 1988, chargée d'abord de la jeunesse et des sports puis des affaires sociales. En 1988, elle est "parachutée" par François Mitterrand dans les Deux-Sèvres et élue députée de la 2ème circonscription de Saint-Maixent-l'École.

Plusieurs fois ministre, de l’Environnement puis des Affaires scolaires et de la Famille, présidente de région depuis 2004, il n’est pas étonnant, qu’après un tel parcours, elle se soit lancée dans la campagne présidentielle en créant sa propre association, Désirs d’Avenir, en marge du PS. Mais il est difficile de croire qu'elle apporte aujourd’hui un renouvellement réel d’un système politique verrouillé depuis tant d’années.

En avançant notamment l’idée de «jurys de citoyens», Ségolène Royal a passé sous silence l’absence de vraie représentation des citoyens au parlement et la nécessaire réforme des institutions de la 5ème République et de ses différents échelons administratifs.

La France est en effet un des rares pays à fonctionner avec autant de structures administratives superposées tels que commune, communauté de communes, pays et enclaves, département, région, conseils municipaux, conseils intercommunaux, conseils généraux, conseils régionaux, sans oublier le découpage contestable des circonscriptions pour les élections législatives, grandes circonscriptions pour les élections européennes, secteurs ou arrondissements pour les élections municipales, cantons pour les élections cantonales, collège de 150 000 grands électeurs pour l’élection des sénateurs, etc.

Au lieu de penser à faire contrôler les élus par des jurys populaires, il conviendrait mieux de modifier en profondeur toutes ces structures et découpages de toute sorte, souvent séculaires, dont les lourdeurs nuisent à la vie démocratique et à la mise en œuvre rapide des décisions économiques ou sociales.

Pendant toute la durée de la campagne interne au PS, Ségolène n’a pas non plus rappelé solennellement que la diversité des opinions des citoyens, même les plus extrêmes, devait être représentée dans les deux chambres parlementaires de la République, grâce à la proportionnelle, au plus grand profit du débat démocratique et du contrôle démocratique des élus.

Par contre, sur le plan sociétal, Ségolène a toujours apporté une attention particulière aux problèmes des jeunes : souci de la qualité de la nourriture dans les établissements scolaires, de la protection des enfants devant la violence de certains programmes télé, pilule du lendemain pour les adolescentes, etc.

Mais si un certain nombre de ses initiatives passées allaient dans le bon sens, il n’en est pas de même de sa dernière proposition d’encadrement militaire pour les jeunes délinquants et de la notion «d’ordre juste», mis un peu à toutes les sauces…

Hormis que cette notion est plutôt de droite, comme le disait Bourdieu dans une vidéo récente sur internet, c’est surtout une idée religieuse, pas une idée politique ; c’est en fait une expression dont l’origine remonte à une encyclique du pape Benoît XVI.

L’ordre juste, c’était notamment les enfants dans les maisons de redressement et les pauvres placés sous contrôle, en fait les idées les plus banales de la bonne société du 19ème siècle… De tels centres ont de plus existé de 1986 à 2004 et un rapport parlementaire en a dressé un bilan catastrophique, sous la plume notamment d’un de ses soutiens, en la personne du sénateur de la Moselle Jean-Pierre Masseret ! Sur 5 800 jeunes, plus d’un tiers s’évadaient ou étaient expulsés. Pour les autres, moins d’un sur deux échappaient finalement à la criminalité !

Ségolène a cru bon d’y ajouter de surcroît la suppression des allocations familiales pour les plus démunis, reprenant en cela les propositions de Nicolas Sarkozy. il est indécent de présenter la mise sous tutelle des allocations familiales comme une mesure pour «aider les pauvres» sans parler du vrai scandale consistant à attribuer ces allocations sans aucune condition de ressources, aux riches comme aux pauvres, aux millionnaires en euros comme aux smicards, sans compter les familles avec un seul enfant qui n’en bénéficient même pas…

Sur le plan international, Ségolène a un penchant pour le «blairisme» qui serait globalement positif...On cherche en vain où est l’action positive de Tony blair après son soutien inconditionnel à la politique de Bush en Irak, sa proposition d’allongement à 68 ans de l’âge légal de départ à la retraite ou son projet de privatisation des écoles publiques ?

Enfin, concernant plus particulièrement l’Europe, Ségolène a participé activement à la campagne "naïve" du PS en faveur du Oui au TCE en 2005.

Et c’est sans doute ce dernier point qui constitue sa principale faiblesse. Avoir défendu une conception libérale de l’Europe, largement responsable des dégâts qu’elle dénonce par ailleurs et notamment des salaires tirant vers le bas, ne semble pas la meilleure façon de gagner toutes les voix de l’ensemble des électeurs de gauche.

Face vraisemblablement au candidat de l’UMP, partisan lui aussi du Oui au TCE, il ne suffira pas de s’habiller en tailleur blanc, il faudra aussi convaincre celles et ceux qui ont dit Non à ce traité libéral, écrit sous l’égide de Valéry Giscard d’Estaing…


Résultats du vote interne lors de la primaire interne au PS : Inscrits : 220 269 / Votants : 180 558 (81,97%) / Nuls et blancs : 1 145 (0,63%)

Ségolène Royal : 108 807 (60,65%) Dominique Strauss-kahn : 37 118 (20,69%) Laurent Fabius : 33 487 (18,66%)
 
 

Photo Flickr-cc : Ségolène Royal par Guillaume Paumier (http://www.flickr.com/photos/gpaumier/) 

Tag(s) : #Institutions - Politique

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