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Avec cette affaire new-yorkaise pour agression sexuelle et séquestration d’une femme de ménage dans une chambre d'hôtel Sofitel, DSK aura réussi l’exploit de faire en sorte que tous les médias fassent un rappel historique de toutes les casseroles qu'il traîne depuis belle lurette.

La liaison avec une économiste hongroise, Piroska Nagy, au début de son mandat au FMI, l’accusation d'agression sexuelle envers la journaliste Tristane Banon en 2002, le témoignage d'Aurélie Filippetti d'une tentative de drague "très lourde, très appuyée" de son camarade de parti, la rémunération de sa secrétaire payée en Suisse par le groupe pétrolier Elf-Aquitaine, l’affaire de la MNEF, la disparition «inexpliquée» de la cassette Méry dans son ancien bureau du Ministère de l’Economie et des Finances s'ajoutent à des erreurs graves de communication pour un candidat à la Présidence de la République : fréquentation de quelques clubs libertins chics de Paris comme le restaurant échangiste "Les Chandelles", ballade en Porsche à 105 000 €, costumes hors de prix, cuisine intégrée de 125 000 € à Washington...

Qu’il sorte blanchi ou pas de ce nouveau faux pas ne changera plus grand chose à sa situation personnelle ébranlée définitivement par cet amoncellement d’affaires douteuses. DSK a semble-t-il perdu le contrôle à un moment décisif pour sa carrière et à quelques semaines des primaires du Parti socialiste dont il était le favori.


Et l’on peut se demander si ce n’est pas finalement une chance pour la gauche en vue de l’élection présidentielle 2012 dans la mesure où le PS a tout intérêt à ne pas être représenté par une personnalité de l’establishment financier qui n’a jamais défendu une vraie solution alternative au système actuel…

 


Puisque le Parti socialiste se dit de gauche et qu’un de ses éminents adhérents est en faveur du libéralisme le plus débridé dans les institutions internationales, une clarification est nécessaire. Il semble pour le moins étonnant de se prétendre de gauche et de diriger le Fonds monétaire international (FMI).


Si Dominique Strauss-Kahn a fait ce choix avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy et le feu vert de George Bush, le Parti socialiste aurait dû être plus circonspect quant à la nomination de DSK, d’autant que sa déclaration de principes débute par les lignes suivantes :


" Il est né de la rencontre entre une pensée critique, riche et diverse, et l’action du mouvement ouvrier qui, pendant deux siècles, ont porté une contestation de l’organisation sociale façonnée par le capitalisme et ont défendu le projet d’une société solidaire dont tous les membres jouissent des mêmes libertés et des mêmes droits.


Il revendique le souvenir de 1848, avec l’abolition de l’esclavage, de la Commune, l’héritage de la République, de son œuvre démocratique, et de son combat pour la laïcité, les grandes conquêtes sociales du Front populaire, de la Libération, de mai 68, de mai 81 et des gouvernements de gauche qui se sont succédé depuis ".


Comment imaginer des démarches plus contradictoires avec ces valeurs socialistes que celles du FMI et de ses dirigeants ?


L'action du FMI


Il est chargé d'assurer la stabilité du système monétaire et financier international - le système international de paiements et de taux de change des monnaies nationales - qui rend possible le commerce entre pays. Il poursuit plusieurs objectifs : promouvoir la stabilité économique et prévenir les crises, contribuer à la résolution des crises, promouvoir la croissance et alléger la pauvreté.


Pour atteindre ces objectifs, il exerce trois fonctions essentielles : surveillance, assistance technique et opérations de prêts.


Mais si le FMI a bien réussi dans son rôle de gendarme du monde, consistant à obliger les pays en voie de développement à s’ouvrir à la mondialisation libérale, il est dénoncé pour ses actions au niveau international par des centaines d’organisations actives dans les pays du Sud et du Nord.


En 1997, les seuls pays émergents qui avaient échappé à la crise financière du Sud-est asiatique étaient ceux qui avaient refusé les remèdes préconisés par le FMI.


En janvier 1998, à Davos, Jeffrey Sachs, professeur d’économie à Harvard avait dressé le tableau de la crise financière du Sud-est asiatique en 1997. Il avait démontré, preuves à l’appui, que la monnaie de chacun des pays touchés (Thaïlande, Philippines, Corée du Sud, Indonésie…) s’était écroulée non pas avant, mais après l’intervention du FMI. Les seuls pays émergents qui avaient échappé à la crise financière du Sud-est asiatique étaient ceux qui avaient refusé les remèdes préconisés par le FMI : la Chine et la Malaisie.


Deux ans plus tard, l’autre «meilleur élève» du FMI, l’Argentine connaissait une crise financière sans précédent.


En 2008, le FMI a concocté pour la Grèce un plan de rigueur draconien qui met à genoux le peuple grec, préférant sauver le système qui risque de faire couler l’Europe plutôt que de le repenser en intégrant le peuple grec. Le plan du FMI et celui de l’Union Européenne favorisent la libéralisation du marché, la baisse des dépenses du secteur public, la baisse du pouvoir d’achat des millions de travailleurs.


Quelques faits d’armes de Dominique Strauss-Kahn


1994 : il participe à la création du « Cercle de l’industrie », lobby des industriels français au sein de l’Union européenne. Y sont représentés : Rhône-Poulenc, Lafarge, Pechiney, Elf, L’Oréal, Bull, Schneider, Renault, Total…


1997 : ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie de Lionel Jospin, il supervise les ouvertures de capital (France Télécom, Air France, Thomson, EADS...) et les privatisations (Crédit lyonnais, GAN, CNP, CIC, Autoroutes du Sud de la France...) qui s’enchaînent à un rythme inégalé (42 milliards par an en moyenne contre 38 pour le gouvernement Balladur et 27 pour le gouvernement Juppé !). En décembre, il annonce vouloir relancer la réflexion sur les fonds de pension.


1999 : il baisse le taux d’imposition des stock-options de 40% à 26%, ce qui représente un bénéfice de 4 milliards de francs pour 12 000 privilégiés. Il propose Pascal Lamy pour que celui-ci devienne le Commissaire européen au commerce international (avant de devenir, ensuite, directeur général de l’OMC).


1999 : «La mise en place d’un grand pôle financier public», voilà la promesse qu’adresse, au printemps 99, Dominique Strauss-Kahn aux députés communistes.


2000 :"D'établissements de crédit à but non lucratif», les Caisses d’Epargne vont se transformer en «banques coopératives», et nettement plus lucratives, un «véritable bouleversement» comme le titre La Tribune (7/02/00). Dix ans plus tard, l’Ecureuil est devenue une «vraie banque» : il s’est lancé à fond dans la spéculation, jusqu’à la débâcle record de Natixis : près de 10 milliards épongés par les contribuables…


2000 : il participe à la Conférence annuelle du Groupe de Bilderberg, un rassemblement des plus puissants hommes d’affaires, dirigeants et hommes de médias dans le monde.


2003 : il cofonde avec Michel Rocard le club de réflexion À gauche, en Europe qui soutient très tôt et de façon inconditionnelle le Traité constitutionnel européen.


2005 : Strauss-Kahn fait campagne pour le « oui » au TCE. En mai, il sort un DVD en faveur du « oui ».


2007 : il devient directeur général du FMI sur proposition de Jean-Claude Juncker (cet homme politique luxembourgeois est l’un des architectes du traité de Maastricht) et Romano Prodi (ancien président de la Commission européenne), avec le soutien actif de Nicolas Sarkozy et avec l’accord du président des États-Unis George W. Bush.


2008, le FMI sous la houlette de DSK n’a pas vu venir le krach qui a frappé les places financières mondiales.


2008 : en visite à Carthage, il ne manque pas de féliciter le président Zine El Abidine Ben Ali pour la pertinence de ses choix économiques : "Je m'attends à une forte croissance en Tunisie cette année, la politique économique adoptée ici est une politique saine et constitue le meilleur modèle à suivre pour de nombreux pays émergents".


2010 : il se dit «admiratif de l’extrême rigueur choisie par le gouvernement Papandréou» (Le Monde du 4 mai 2010) dont il est en grande partie l’instigateur. Salaires gelés jusqu’en 2014. Primes du 13e et 14e mois (Noël et Pâques) supprimées pour les salaires supérieurs à 3.000 euros par mois et plafonnées à 1.000 euros pour les salaires inférieurs à 3.000 euros par mois, alors que ces primes avaient déjà été réduites de 30% dans le cadre des précédentes mesures annoncées en mars. Baisse des investissements publics de 1,5 milliard. Taux de TVA, passé en mars de 19 à 21, relevé à 23%. Révision de la législation interdisant aux sociétés de licencier plus de 2% de leurs effectifs totaux par mois. Mise en place d’un nouveau salaire minimum applicable aux jeunes et aux chômeurs de longue durée. Réduction du nombre de départs anticipés à la retraite, avec comme objectif d’interdire ces départs avant 60 ans. Libéralisation des marchés des transports et de l’énergie.


Cette liste n’étant évidemment pas exhaustive…


Comment un homme ayant un tel profil politique pouvait-il représenter la gauche et ses valeurs ? Certains diront, au PS notamment, que les études d’opinion le donnaient gagnant de la primaire socialiste en 2011 puis de la présidentielle en 2012. Certes, mais il ne faut pas oublier que son bon résultat dans les sondages venait aussi de ses sympathies dans l’électorat de la droite, qui le prenait pour l’un des siens, idéologiquement et socialement parlant...


 

Photo Creative Commons : DSK par De Christian (http://www.flickr.com/photos/38131656@N00/174605702/)

Tag(s) : #Institutions - Politique

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