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La société qui fabrique les thés et tisanes "Lipton" et "L'éléphant" ferme son usine installée en France, à Gemenos, dans les Bouches-du-Rhône.

Elle s'oppose à une reprise par les salariés et licencie le personnel uniquement pour augmenter ses bénéfices. L'usine était parfaitement rentable mais les actionnaires veulent gagner plus en délocalisant en Roumanie…



 

La marque Thé Eléphant, un des fleurons actuels du groupe britannique Unilever, est le résultat de plus d'un siècle de développement industriel et de travail dans la région marseillaise. Grâce à Thé Eléphant et à son autre marque Lipton, Unilever contrôle 65 % du marché mondial du thé. 


Créé à Marseille en 1892 de manière d'abord artisanale, Thé Eléphant industrialise rapidement sa production et ouvre en 1927 sa grande usine historique à Marseille, avenue Camille Flammarion, dans le 4ème arrondissement. Cette usine emploiera jusqu'à 400 personnes dans les années 1960.


En 1969, afin de poursuivre son développement, Thé Eléphant s'ouvre à des investisseurs, avec la prise de contrôle par le groupe Ricard.


En 1972, Thé Eléphant est racheté par le groupe anglo-saxon Unilever. Celui-ci crée une filiale, Fralib, dédiée à la production de thé qui comptera jusqu'à 3 sites de production en France : Poitiers, le Havre et Gémenos.


En 1989, afin de moderniser et développer la production, Unilever transfère la production de Marseille (fermeture de la vieille usine) à la zone proche de Gémenos. Ce transfert s'effectue avec d'importantes aides publiques locales, dans le cadre de la reconversion des chantiers navals de la Ciotat qui étaient implantés à Gémenos. L'usine produira ainsi jusqu'à 2 milliards de sachets de thé par an. 


Unilever : l'empire des produits de grande distribution et le roi du dumping 


Unilever est le 3ème groupe mondial de produits de consommation courante. 150 millions de personnes consomment chaque jour ses produits. Le groupe possède en effet un immense portefeuille de marques : glaces (Carte d'Or, Miko, Magnum, Ben and Jerrys), lessives (skip, Omo, CIF), hygiène (Dove, Axe, Signal), alimentaire (Knorr, Amora, Alsa, Lipton, Thé éléphant), etc.


La firme connait une croissance soutenue depuis 10 ans et une rentabilité éclatante : 44 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 4,6 milliards d'euros de bénéfices en 2010. 


Afin d'accroître sa rentabilité, Unilever est lancé depuis 2000 dans une course à la réduction des coûts, grâce à des plans de délocalisation et d'externalisation. Unilever est aussi expert en dumping fiscal : il utilise en France le système des "prix de cession" qui permet, via d'habiles facturations entre filiales, de dégonfler artificiellement le bénéfice imposable d'un groupe. Grâce à une structure suisse, Unilever économise ainsi 60 millions d'euros par an en impôts français.


247 000 salariés en 2000, 167 000 en 2010, soit une baisse de 33 % des effectifs en 10 ans. Un premier plan de restructuration 2000-2007 a supprimé 53 000 emplois dont 4 500 en France. Un second plan lancé en 2007 prévoit la suppression de 20 000 emplois supplémentaires.


Plusieurs sites de production rentables sont ainsi touchés en France en 2008 : 250 salariés sont licenciés à l'usine Miko de Saint-Dizier (Haute Marne) alors que l'usine était bénéficiaire. L’usine Amora à Dijon est également fermée et 300 salariés licenciés (usine bénéficiaire de 25 millions d'euros en 2007)


La liquidation de Fralib à Gémenos 


En 2010, Unilever annonce la fermeture de Fralib Gémenos et de la délocalisation de la production en Belgique et en Pologne.


La filiale Thé d'Unilever, comptait 650 salariés en 1997 sur ses 3 sites de production. En 2010 seul le site de Gémenos subsistait avec 182 salariés. L'usine du Havre a fermé en 1998 (150 emplois supprimés) et une cinquantaine de ses salariés ont alors accepté de venir travailler à Gémenos en abandonnant leur vie au Havre. Pour eux, la fermeture de Gémenos sonne comme un cauchemar à répétition.


Cette décision de fermeture a été suspendue en février 2011 par la justice pour justification insuffisante et défaut d'information du Comité d'entreprise : le motif économique de la fermeture est en effet douteux puisque l'usine est rentable. Le plan social proposé par Unilever a aussi été annulé par la justice pour insuffisance compte tenu de la taille du groupe et de ses moyens financiers. Les reclassements proposés sont en effet très limités (par exemple seulement 2 postes de techniciens de maintenance proposés pour 46 suppressions).


Faute de nouvelle information plus significative et d'amélioration réelle du plan social, les syndicats ont à nouveau saisi la justice. L'usine dispose de son propre marché en France puisque 70 % de la production est vendue en France, les 30 % restants en Europe. Le juge des référés du Tribunal de grande Instance (TGI) de Marseille a estimé qu'il n'était pas compétent et a renvoyé le dossier au juge du fond qui doit réexaminer l'affaire le 21 juillet prochain..


Les salariés de l'usine de Gémenos ont une forte productivité : leurs salaires ne représentent que 15 centimes d'euros sur une boite de thé vendue autour de 2 euros, soit à peine 7,5 %. Le PDG mondial d'Unilever a quant à lui un salaire annuel qui représente la moitié de la masse salariale totale des 182 salariés de Gémenos. En 2008, le salaire annuel du PDG de 4,740 millions €, soit mensuellement 393 500 €, soit 273 fois le SMIC !

Avec le soutien de la région, les salariés, encadrement compris, ont proposé de reprendre l'activité en coopérative. Pour l’instant, Unilever s'y oppose catégoriquement et refuse de céder la marque Thé Eléphant…


 

Photo Créative Commons : sachet de thé par Pictr 30D (http://www.flickr.com/photos/s9500/194826066/)

Tag(s) : #Economie - Fiscalité - Social

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