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Alors que Nicolas Sarkozy savoure sa lune de miel avec son richissime mannequin, la France compte 2,9 millions de personnes considérées comme en difficulté sur le marché du travail, c’est à dire l’ensemble des chômeurs et personnes souhaitant travailler, selon la dernière enquête européenne d’Eurostat qui se fonde sur la définition du Bureau International du Travail (BIT) concernant le chômage, l’inactivité et l’emploi.

 

A ces chiffres, il convient d’ajouter plus de 7 millions de personnes pauvres, au sens des critères retenus par l’union européenne (60% du revenu médian, soit moins de 817 € par mois), 3 350 000 personnes payées au SMIC et 4 500 000 personnes qui touchent un salaire inférieur à 1,3 SMIC !


Après avoir fait une campagne présidentielle sur le thème principal du pouvoir d’achat puis accordé un cadeau fiscal de plusieurs milliards d’euros aux personnes les plus aisées, Nicolas SARKOZY s’est octroyé généreusement une augmentation de salaire de 172% pour annoncer finalement que les caisses de l’Etat étaient vides !


Malgré son voyage récent à Saint-Jean de Latran au Vatican, il n’y a pas eu de miracle et tout le monde l’aura compris : la baisse du pouvoir d’achat, c’est d’abord pour les autres…

 


 

Transparence, tel était le maître mot lors du débat à l'assemblée nationale, sur l'augmentation du traitement du président de la République. Interrogé par Le Monde, le secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, Roger Karoutchi, qui a présenté les crédits des pouvoirs publics et défendu les amendements du gouvernement sur le budget de l'Elysée, a fourni ces indications : de 7 084 euros, l'indemnité mensuelle nette du président de la République passera à 19 331 euros, soit une augmentation de 172 %.


Le bicentenaire de la Cour des comptes a même donné l'occasion à Nicolas Sarkozy de parer de vertu cette augmentation de salaire. Elle s'accomplit dans le cadre plus général d'une "révolution intellectuelle et morale" de l'Etat, qui oblige "à la transparence" et induit "la récompense du mérite et du travail bien fait", a-t-il expliqué. "J'ai voulu que la présidence de la République donne l'exemple"…


Mais la transparence en matière de pouvoir d’achat, c’est à la fois le problème de son augmentation mas aussi celui de son maintien et de la lutte contre son érosion permanente. Car, depuis la suppression de l’échelle mobile des salaires au début des années 80, le niveau réel des salaires baisse régulièrement en France.


Au lieu d’envisager de rétablir un système de protection du pouvoir d’achat, un débat surréaliste s’instaure aujourd’hui sur son augmentation hypothétique, pratiquement impossible à mettre en œuvre, compte tenu notamment du “paquet fiscal” d’au moins dix milliards d’euros, contenu dans la loi en faveur du Travail, de l’Emploi et du pouvoir d’achat (TEPA), votée en 2007 par la majorité présidentielle UMP et Nouveau-centre au profit essentiellement des couches sociales les plus favorisées. Dans certains cas aujourd’hui, avec un bouclier fiscal ramené de 60% au 1er janvier 2007 à 50% au 1er janvier 2008, c’est l’Etat lui-même qui rembourse directement les contribuables les plus riches : 563 millions d'euros seront ainsi versées à 18 000 personnes bénéficiant des dernières dispositions du bouclier fiscal, d’après le SNUI (Syndicat national unifié des impôts)


Des mesures insignifiantes pour augmenter le pouvoir d’achat…

 

Lors du passage à l’Euro en 2000, Laurent Fabius notamment avait juré ses grands dieux que le gouvernement serait très vigilant sur l’évolution des prix et que le passage à l’Euro n’aurait aucun impact…


En juin 2004, Nicolas Sarkozy avait promis une baisse des prix dans les supermarchés grâce à un accord avec les patrons de la distribution et des grandes marques : promesse d’une baisse de 2 % en 2004 et de 1 % en 2005 sur de nombreux produits !


Or, la revue de défense des consommateurs «Que Choisir ?» mène depuis 4 ans une enquête et a constaté une augmentation des prix de 12,2 % sur 47 articles de grande consommation…C’est l’effet «Euro» !


La hausse du pouvoir d’achat par la volonté de la grande distribution de baisser les prix relève carrément de l’escroquerie politique. Comment croire que les distributeurs peuvent protéger le pouvoir d’achat des consommateurs alors que leur premier souci de commerçants et l’exigence de leurs actionnaires les conduisent à ne protéger que leurs marges ?


Comment croire que le débridement effréné de la concurrence entraîne une baisse des prix ? L’exemple du numéro des renseignements 12 devenu 218 suffit à démontrer que cette libéralisation sauvage crée une jungle des prix préjudiciable aux consommateurs. L’exemple de la distribution de l’eau nous montre aussi que la concurrence peut mener à la surfacturation organisée et à l’entente illicite sur le dos des consommateurs.


Autre plaisanterie de la part du président de la République : le dernier projet de loi sur le pouvoir d’achat, adopté définitivement le 31 janvier 2008 par le parlement, prévoit notamment pour les salariés la possibilité de convertir certaines journées de repos en argent et la monétisation des comptes épargne temps (CET).


Sous le prétexte de permettre aux salariés de «travailler plus pour gagner plus », le salarié pourra renoncer, en accord avec son employeur, à tout ou partie des journées ou demi-journées de repos acquises avant le 31 décembre 2009 au titre de la RTT. En contrepartie, la rémunération du salarié sera majorée d'au moins le taux applicable à la première heure supplémentaire dans l'entreprise, soit 25 % à défaut d'accord collectif fixant un taux différent. Le salarié disposant d'un CET pourra demander à l'employeur d’utiliser les droits affectés sur son compte au 31 décembre 2009 pour compléter sa rémunération.


Des millions de salariés vont ainsi pouvoir « travailler plus pour gagner plus » mais en renonçant à leurs congés !


Mais si le pouvoir d’achat s’érode chaque année, c’est aussi parce que les cotisations sociales n’ont cessé d’augmenter au fil des années pour les salariés comme les employeurs, sauf que ces derniers se sont rattrapés sur les salaires nets qui ont faiblement augmenté, voire stagné ou régressé. Depuis l’entrée en vigueur des 35 heures, les salariés ont certes gagné une réduction du temps de travail (seul aspect positif des Lois Aubry) mais leurs conditions de travail se sont dégradées et un gel des salaires sur plusieurs années a été observé dans la plupart des entreprises.


Sans compter trois nouvelles franchises médicales entrées en vigueur le 1er janvier 2008 (50 centimes d' € par boîte de médicament, 50 centimes pour chaque acte paramédical et 2 € pour chaque recours à un transport sanitaire) qui viennent s'ajouter aux divers forfaits existants (forfait d'1 € sur chaque consultation ou acte médical, forfait de séjour hospitalier de 16 € par jour, participation de 18 € pour les actes médicaux dits "lourds", ticket modérateur à la charge de chaque assuré social, déremboursements réguliers de nouveaux médicaments, etc.)


Des nouvelles recettes certes pour le régime général de la sécurité sociale mais ces différents forfaits ponctionnent fortement le pouvoir d’achat des salariés, en particulier celui des plus modestes et aggravent une fiscalité indirecte déjà très lourde en France (80% du budget de l’Etat est aujourd’hui financé par les impôts indirects et seulement 20% par les impôts sur le revenu…).


Ce recours à la fiscalité indirecte, mettant à contribution de la même façon les personnes les plus aisées comme les plus modestes, constitue pour Nicolas Sarkozy et sa majorité présidentielle UMP-Nouveau Centre la méthode principale pour régler les problèmes budgétaires.


C’est sans doute celle qui sera utilisée, après les élections municipales, pour éviter que le déficit du budget de la France ne s’aggrave d’avantage. C’est celle qui risque d’être retenue pour compenser la fin des recettes publicitaires sur les chaînes publiques. C’est enfin celle qui est utilisée par les collectivités territoriales pour faire face au désengagement progressif de l’Etat. Or, ces impôts indirects de plus en plus lourds, à l'image de la taxe immobilière ou de la taxe foncière, n’ont jamais été intégrés à l’impôt progressif républicain par aucun gouvernement de droite comme de gauche…et creusent ainsi toujours plus les inégalités sociales.


L’indice des prix INSEE à réformer mais jamais réformé… 


Le pouvoir d’achat des salariés est d’autant plus difficile à maintenir que l’indice officiel des prix à la consommation, datant de 1946, ne reflète pas la réalité des prix ( + 2,5% pour l’indice des prix, hors tabac, pour l’année 2007).


Si pour les statisticiens de l’Insee, la hausse du pouvoir d'achat est toujours légèrement positive, c’est parce qu’elle concerne la masse des revenus des ménages et non chaque revenu pris individuellement. Le revenu moyen des ménages n’est ainsi qu’une simple moyenne mathématique qui ne correspond à aucune réalité socioprofessionnelle...


Cet indice ne dit rien, par exemple, de la fiscalité qui augmente chaque année beaucoup plus que le taux d'inflation ! Il ne dit rien en matière de consommation, quand un nouveau produit est mis en vente, l’augmentation de prix par rapport au produit ancien n’est pas intégré dans l’indice ! Il n’a jamais intégré l’augmentation des prix camouflée par les «arrondis» opérés nettement à la hausse, notamment après le passage à l’euro et par un blocage ou une diminution des salaires, liés au passage aux 35 heures.


Aujourd’hui, lors de toutes les négociations salariales, les directions d’entreprise et l’Etat s’appuient sur le chiffre officiel de l’inflation pour négocier comme d’habitude à minima. Au final, la plupart des accords d’entreprise débouchent sur des augmentations inférieures à l’indice Insee, lui-même déjà sous-évalué !


Et, comme le rappelle justement le CERC (centre de recherche et des coûts), il n'est guère étonnant, dans ces conditions, qu’une forte impression de régression prédomine car la perte nette de pouvoir d'achat est largement supérieure à la (faible) hausse du salaire net moyen, calculée par l'Insee.


Cette situation est particulièrement dramatique pour 40% des salariés qui voient, chaque année, leur salaire individuel baisser également pour d’autres raisons comme la variation de leur durée de travail ou le déménagement pour cause professionnelle avec une hausse des loyers très forte.


L'indexation automatique des salaires : seule solution pour protéger le pouvoir d’achat

 

En 1982, sous la présidence de François Mitterrand, la gauche a opéré un tournant historique. Voulant lutter contre l’inflation, le blocage des salaires et des prix fut imposé de juin à novembre. En 1983, Jacques Delors, ministre de l'économie et des finances, décida de deux plans d'austérité et le pouvoir d’achat des salariés commença dès lors à diminuer régulièrement, l’échelle mobile des salaires ayant été supprimé sans pour autant que le chômage diminue.


Aujourd’hui, il convient de stopper cette érosion continue et de réintroduire un système d’indexation des salaires à l’indice des prix car, même si elle plus faible aujourd’hui que dans les années 80, l'inflation touche de plein fouet l'ensemble des salariés et en particulier les plus fragiles.


En Europe, il n’y a plus que deux pays où l’on trouve encore une indexation automatique : la Belgique et le Luxembourg où les salaires et les allocations sociales (soins médicaux, allocations familiales, pensions, rentes accidents du travail et maladies professionnelles, indemnisations des personnes handicapées, indemnisations chômage, etc.) sont adaptés automatiquement en fonction de l’évolution des prix.


Dans d’autres pays, des systèmes compensant les pertes de pouvoir d’achat existent bien mais ces mécanismes n’ont pas un caractère automatique. En Allemagne ou aux Pays-Bas par exemple, les syndicats doivent négocier systématiquement pour compenser la perte de pouvoir d’achat subie depuis les négociations précédentes à la suite de l’inflation.


Le but de l’indexation automatique est donc de maintenir autant que possible le pouvoir d’achat des revenus du travail et des allocations sociales. Et contrairement à ce que disent ses détracteurs, elle ne favorise pas l’inflation car elle est basée sur des faits qui ont déjà eu lieu et sur la base de l’évolution réelle des prix qui s’est déjà produite au cours du ou des mois précédents.


De plus, elle favorise une solidarité automatique entre les travailleurs des secteurs forts et ceux des secteurs faibles ainsi qu’entre les travailleurs actifs et inactifs. Elle est un facteur de stabilité sociale : les négociations salariales peuvent se concentrer sur l’augmentation réelle des salaires, puisque l’indexation automatique garantit la compensation de la baisse du pouvoir d’achat. C’est également un facteur de stabilité économique car le maintien du pouvoir d’achat représente un facteur de maintien de la consommation et donc de la croissance économique.


Si la majorité présidentielle UMP-Nouveau Centre ainsi que le PS sont à mille lieues de rétablir un jour l'indexation automatique des salaires en France, les grands organismes économiques comme l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE) et le Fonds Monétaire International (FMI), dirigé aujourd’hui par Dominique Strauss-kahn, y sont également hostiles et plaident pour sa suppression dans les pays où elle existe encore …

Tag(s) : #Economie - Fiscalité - Social

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