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Comme le disent les Chinois, il est des coups de massue qui rendent lucides : si la gauche veut remporter la prochaine élection présidentielle, il est préférable qu’elle parte unie au combat dès le premier tour.

En effet, croire qu’un candidat de gauche sera automatiquement présent au second tour avec une dispersion importante des voix au premier entre les différents partis, PS, Verts, FdG, voire le MRC, sans compter trois candidats trotskystes comme à l’accoutumée, est un pari dangereux. Mais c'est d’abord une illusion entretenue par des sondages dont on connaît la fiabilité…

 


 

 

Enterrer Nicolas Sarkozy trop vite est tout aussi illusoire car c’est un redoutable adversaire en campagne électorale, d'ores et déjà fortement polluée par l'affaire DSK / Nafissatou / Banon. Mais surtout, Marine Le Pen a de fortes chances d’être présente au second tour, nul besoin de sondages pour le craindre.


L’élection présidentielle de 2012 se gagnera donc au premier tour. Autrement dit, celui des deux candidats, de gauche ou de droite, qui aura le plus rassemblé son camp avant le scrutin aura de bonnes chances de l’emporter, soit parce qu’il sera face à Marine Le Pen, soit parce qu’il aura obtenu un score élevé au premier tour et aura donc créé une dynamique suffisante pour gagner le second.


C’est le bête et implacable raisonnement arithmétique qu’impose le scrutin majoritaire à deux tours depuis la création de la 5ème république en 1958, institutions à caractère monarchique voulues à l’époque par les gaullistes, le MRP, la SFIO et jamais remises en cause ensuite par la gauche au pouvoir. On peut regretter qu’il en soit ainsi mais c’est comme ça, François Mitterrand n'était pas Pierre Mendès France...


Cette réalité institutionnelle et électorale devrait conduire les partis politiques de gauche à agir en conséquence, c’est à dire à désigner un candidat commun qui rassemble le plus efficacement son camp dès le premier tour contre le candidat de droite sortant, Nicolas Sarkozy.


Inutile d’attendre le dernier moment pour bâcler un marchandage de circonstance, purement politicien, où le programme et les idées passeront à la trappe. Inutile encore de compter sur un accord entre les deux tours, vite fait bien fait, entre le PS, les Verts et les composantes du Front de Gauche.


Dans le premier cas, face à Le Pen, pourquoi le candidat du PS s’embarrasserait-il d’une négociation avec d’autres partis alors qu’il est pratiquement certain d’être élu ?


Dans le second cas, face à Sarkozy, le spectacle de chefs de partis de gauche se rabibochant opportunément après une campagne qui les aura opposés sera d’un effet déplorable et ne peut que favoriser le candidat de la droite. On a déjà eu un petit aperçu de ce dernier scénario au lendemain du premier tour des élections cantonales quand Pierre Laurent, secrétaire national du PC, s’est empressé de monter sur la péniche de l’ex-gauche plurielle en vue du second tour…


Si c’est pour se rallier au candidat de gauche présent au second tour sans conditions précises, alors pourquoi prendre le risque d’un second tour en 2012 opposant Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy ? Sauf si c'est pour mieux négocier ensuite quelques maroquins ministériels…


A-t-on le droit de prendre à nouveau ce risque face à la politique désastreuse menée par Nicolas Sarkozy caractérisée par une baisse de l'impôt sur le revenu pour les plus riches et une forte augmentation des impôts indirects pour tous ? Il est peut-être encore temps de ne plus avancer en ordre dispersé, avec des candidatures tactiques, providentielles ou fantaisistes. Bref, il est encore temps de prendre la mesure de cette nouvelle donne électorale et d’en tirer les conséquences.


Travailler ensemble à une plateforme commune et à la désignation d’un candidat unique pour toute la gauche ? En tout cas essayer d’aller dans ce sens dès maintenant sachant que ce seront surtout les élections législatives suivantes qui compteront et où chaque parti pourra aller à la bataille du premier tour sans grand risque.


Mais le principe de réalité oblige à considérer qu’un programme partagé minimum qui rassemblerait tous les partis de gauche est un défi quasi-irréalisable tant les positions néo-libérales du PS et de la majorité des Verts, restent largement incompatibles avec celles du Front de Gauche ou du MRC. La veille de la clôture des candidatures à la primaire, les parlementaires du PS ont approuvé la guerre en Libye lancée par Nicolas Sarkozy et BHL ! Auparavant, les dirigeants socialistes avaient soutenu le remplacement de Dominique Strauss-Kahn par Christine Lagarde au FMI !


Dans ce contexte, les candidatures de Jean-Luc Mélenchon, co-dirigeant du Front de Gauche avec Pierre Laurent, ou de Jean-Pierre Chevènement sont certes légitimes mais risquent de créer objectivement une situation comparable à celle du 21 avril 2002 avec un second tour opposant cette fois Nicolas Sarkozy à Marine Le Pen…


Car malgré les apparences savamment entretenues par l’UMP et les médias, Nicolas Sarkozy travaille étroitement avec Jean-Louis Borloo et Dominique de Villepin (reçus tous deux à de nombreuses reprises ces derniers mois à l’Elysée…), flirte aussi avec Nicolas Hulot, pour trouver la meilleure combinaison possible pour que le candidat de gauche arrive troisième au soir du premier tour de l’élection présidentielle.


De plus, avec les débats récents sur l’identité nationale, les Roms, l’insécurité, la montée des intégrismes et surtout le marasme économique dans lequel se trouve la France, il faut être complétement aveugle pour ne pas redouter que le Front national tire les marrons du feu et que Marine Le Pen soit très haute au soir du premier tour.


La gauche aurait tout intérêt à en prendre conscience le plus tôt possible et sortir des logiques partisanes. Avec un socle de valeurs communes : écologie, services publics, société solidaire, emploi pour tous, fiscalité redistributive, laïcité, régulation de la finance, éducation, innovation, recherche, etc., un programme unitaire pour ceux qui font de la politique à gauche et veulent changer les choses, ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité…

 


Tag(s) : #Institutions - Politique

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