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Les Islandais ont refusé le 9 avril dernier, à près de 60%, de payer pour assumer les erreurs de ceux qui ont conduit leur pays dans un abîme financier.
 

Ils ont une nouvelle fois repoussé par référendum l’accord Icesave, qui prévoit que l’État indemnise les centaines de milliers d’épargnants britanniques et néerlandais ayant perdu de l’argent lors de la faillite de cette banque en ligne en 2008…


 

Avec ce nouveau « Non », les Islandais agacent au plus haut point tout à la fois les gouvernements islandais, britannique et néerlandais, l’Union européenne, les banquiers et les promoteurs de la mondialisation néolibérale. Mais pour comprendre comment l’Islande en est arrivée là, un petit retour en arrière s’impose.


Non une fois !


Le 30 décembre 2009, l’Althingi (Parlement islandais) vote de justesse la loi dite « Icesave », en accord avec les exigences des pays demandeurs, qui entérine le remboursement de 3,9 milliards d’euros à la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Cela revient à payer environ 100 euros par habitant et par mois pendant huit ans pour la faillite d’une banque aux investissements très hasardeux.


La population manifeste son désaccord en exigeant, par une pétition et plusieurs jours de « casserolades » devant le parlement, que le président Olaf Ragnar Grimsson ne promulgue pas la loi. Devant la pression de la rue, ce dernier refuse de signer, appelant, dans le cadre de l’article 26 de la Constitution islandaise, à un référendum contraignant pour le gouvernement.


Le 6 mars 2010, avec une forte mobilisation, 93% des Islandais rejettent l’accord, ce qui oblige les ministères des Finances des trois pays concernés (Islande, Royaume-Uni et Pays-Bas) à reprendre les négociations. Les trois délégations se rencontrent alors très régulièrement à Londres, dans une atmosphère volcanique de chantage.


Les négociations avec Londres et La Haye aboutissent, le 8 décembre 2010, à un nouvel accord, supposé plus acceptable par la population. Le taux d’intérêt est ramené à 3,3% pour la part britannique et 3% pour la part hollandaise, au lieu de 5,5%, et la durée de remboursement allongée de huit à trente ans (entre 2016 à 2046, au lieu de 2024). La liquidation des actifs de Landsbanki est mieux prise en compte.


Les termes de ce nouvel accord sont débattus devant l’Althingi le 16 février 2011 et votés à 44 voix pour, 13 contre et 3 abstentions. Pour la majorité des parlementaires, il s’agit là d’une taxe à payer pour faire la paix avec la « communauté internationale », plaire au FMI, aux agences de notation, avoir à nouveau accès aux marchés financiers mondiaux et faciliter les négociations d’adhésion à l’UE.


Et non deux fois !


Mais, le 20 février, le président de la République décide l’organisation d’un nouveau référendum populaire, faisant suite à une nouvelle pétition de plus de 40 000 signatures.


La Première ministre islandaise, Johanna Sigurdardottir, se permet alors de déclarer : « C’est décevant. Nous avions anticipé que le président allait signer l’accord sur Icesave. L’accord a été approuvé à la majorité au Parlement et ce n’est pas commun qu’un président s’oppose à un accord adopté à une telle majorité », ajoutant que, selon elle, il y a « peu de chance que la Grande-Bretagne et les Pays-Bas soient prêts à renégocier cet accord ». Pourtant, le peuple se prononce une deuxième fois pour le non.


La question de réécrire la Constitution, encore largement basée actuellement sur celle du Danemark, un peu hâtivement négociée en 1944, est aussi soulevée. La crise « Icesave » semble avoir précipité ce débat sur la place publique islandaise. Le Parlement décide alors, en accord avec le programme électoral, la création d’une Assemblée constituante en vue de mener ce projet à terme.


Le 27 novembre 2010, vingt-cinq membres sont élus par vote populaire parmi plus de cinq cents candidats. Fin février 2011, l’Assemblée constituante est transformée en Conseil constitutionnel, composé des mêmes personnes précédemment élues qui devrait faire ses propositions d’ici au mois de juin 2011.


À cause de cette crise, l’Islande est descendue en 2010 à la dix-septième place du classement du PNUD selon l’indice de développement humain. D’après le Rapport mondial sur les salaires 2010/11 de l’Organisation internationale du travail sur les politiques salariales en temps de crise, le salariat islandais est le plus durement frappé, avec une baisse moyenne des salaires de 8% en 2009 faisant suite à une baisse de 4,9% en 2008.


Un sondage fait apparaître qu’un tiers de la population envisage de quitter le pays. Il reste en effet une immense frustration car une bonne dizaine de responsables, banquiers et hommes d’affaires islandais, sous investigation criminelle en Islande, sont encore actifs dans le monde bancaire. Certains sont même devenus conseillers financiers à Londres, au Luxembourg ou au Canada.


L’élection de l’Assemblée constituante n’a pas réellement suscité des passions car seulement 36% des inscrits se sont déplacés aux urnes pour sélectionner ses membres. Mais si une nouvelle Constitution réellement progressiste peut sortir de ce processus, cela serait un vrai pas dans la bonne direction…


 

Photo Flickr-cc : Islande par  De shogunangel ( http://www.flickr.com/photos/shogunangel/4911745380/)    

Tag(s) : #Europe - International

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